Contrats courts et non-salariat : des tendances en voie de généralisation ?

CDD, intérim, auto-entrepreneur, intermittent, saisonnier, depuis 30 ans, on constate le développement du non-salariat et des contrats à durée déterminée. Mais cette tendance est très variable selon les métiers.

Selon la note d’analyse de France Stratégie les contrats courts et le non-salariat ne sont pas réellement des tendances en voie de généralisation. Certains métiers continuent à offrent la « permanence » quand d’autres sont devenus synonymes « d’intermittence » ou de « sous-traitance individuelle ». Les métiers ne sont donc pas tous égaux face à la diversification des statuts d’emploi.

Deux mouvements contraires selon les métiers

En 1984, le CDI concernait 77% des emplois. En 2016, 75% des salariés sont en CDI. Mais cette apparente stabilité cache deux mouvements contraires : une augmentation des CDL (contrat à durée limitée) dans certains métiers et la hausse du salariat en CDI dans les métiers traditionnellement indépendants dans les années 80 tels que les agriculteurs, les patrons de commerce, hôtel et restaurant, certains artisans, les professions libérales tels que les médecins et les dirigeants d’entreprises. Le déclin des indépendants est aussi marqué chez les cadres de la banque et de l’assurance qui exercent désormais au sein des grandes entreprises.

Les nouveaux visages de l’indépendance

En revanche, le secteur des services a vu une recrudescence des travailleurs indépendants. La grande majorité de ces travailleurs sont ce que l’on appelle des free lances ou néo artisans. Ils travaillent seuls, sans patron et sans salarié.  Cependant leur indépendance est toute relative. En effet, ceux n’ayant qu’un client principal ou ayant été incité à se mettre à leur compte pour travailler comme sous-traitant se retrouvent dans une forme de subordination salariale sans en avoir la protection qui y est associé. Ils sont donc économiquement dépendant. C’était le cas de 13% des indépendants en Europe en 2015.
La situation s’est accentuée lors du passage au statut simplifié de micro-entrepreneur en 2009 en particulier chez les professionnels du bâtiment. Dans le domaine du tertiaire, les entreprises externalisent de plus en plus certains services en faisant appel à des consultants, des professionnels de la communication, des journalistes, des traducteurs, des formateurs indépendants.

De nombreux secteurs touchés par les CDL

La volatilité de la demande, la saisonnalité de l’activité, le fréquent turn over des salariés font partie des raisons qui expliquent la hausse des indépendants et des contrat à durée limitée (CDL) dans certains secteurs. Mais ce ne sont pas les seules explications.

La création de statuts alternatifs au CDI, comme le CDD, le CDDU pour les métiers à forte saisonnalité, ou le contrat saisonnier, explique l’augmentation de contrat à durée limitée (CDL) dans les métiers de l’agriculture, du commerce, du transport et de l’hôtellerie-restauration. A titre d’exemple, la part des CDD a doublé en 30 ans chez les cuisiniers. Chez les manutentionnaires, les CDL se sont particulièrement développés et devraient continuer à s’accentuer avec l’essor du e-commerce et des plates-formes de livraison à la demande.  

De manière moins évidente, on observe un taux de CDL plus important que l’ensemble des emplois dans des métiers comme les employés administratifs qui gèrent les factures, la paie et l’accueil ou encore les opérateurs de l’informatique (installateurs d’ordinateurs ou de périphériques).

Les ouvriers peu qualifiés sont les plus touchés par les CDL

L’analyse de France Stratégie démontre que le niveau de qualification est aussi un élément décisif dans l’évolution des statuts d’emploi.

Ainsi, le CDI s’est fortement érodé entre 1984 et 2014 chez les ouvriers peu qualifiés. La part de CDI est passé en 30 ans de 88% à 67% de l’emploi dans ces catégories socio-professionnelles. A l’inverse, le CDI est majoritaire chez les cadres. 80% des cadres sont en CDI et seulement 7% en CDL, à l’exception des cadres du spectacle et des arts qui sont 25% à exercer en CDD sous le régime des intermittents du spectacle.

On peut donc dire que les diplômes protègent d’une certaine manière de la précarité de l’emploi.


Source : Salarié ou indépendant : une question de métiers ? Note d’analyse de France Stratégie septembre 2017 – Cécile Jolly et Jean Flamand

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