Quels sont les risques de harcèlement pendant le SNU ?

📌 L’essentiel à retenir
Le SNU expose les jeunes à divers risques de harcèlement en milieu collectif.
Un encadrant a été accusé d’envoi de messages sexuels à une participante mineure.
Plus de 90 000 jeunes ont participé au SNU depuis 2019, avec 80 000 attendus en 2024.
Des cas d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel ont été signalés depuis 2019.
Les mécanismes de signalement sont jugés insuffisants et aggravent la situation des victimes.

Le Service National Universel rassemble chaque année des milliers de jeunes dans des centres d’hébergement collectif, loin de leur environnement habituel. Cette promiscuité, combinée à une hiérarchie informelle qui se met rapidement en place entre participants, crée des conditions dans lesquelles le harcèlement peut s’installer, parfois sans que les encadrants ne s’en aperçoivent.

Moqueries répétées, mise à l’écart, pressions de groupe ou comportements humiliants : les formes que peut prendre le harcèlement au sein du SNU sont nombreuses et pas toujours faciles à identifier sur le moment. Les jeunes concernés se retrouvent souvent dans une situation délicate, sans repères familiaux proches et sans toujours savoir vers qui se tourner.

Info-jeunes fait le point sur les risques réels de harcèlement pendant le SNU, les situations à surveiller et les recours disponibles pour les jeunes et leurs familles.

Le SNU et le harcèlement sexuel : un encadrant suspect, une ado de 16 ans

Un encadrant d’une trentaine d’années, responsable au sein du Service National Universel, est accusé d’avoir envoyé des messages à caractère sexuel à une jeune participante de 16 ans lors d’un séjour de cohésion. Des messages troublants envoyés à une mineure de 16 ans comme « Tu me manques. J’ai très envie de te voir. Tu me laisses pas indifférent. » ou encore « Quand tu es partie, ça m’a fait un vrai pincement. », des formulations qui ne laissent guère de doute sur les intentions de leur auteur.

Ce qui choque encore davantage, c’est que cet encadrant avait déjà fait l’objet de signalements auprès de sa hiérarchie avant les faits. Pourtant, loin d’être écarté du dispositif, il a été promu lors de la session suivante, une décision qui illustre à elle seule les failles béantes du système de contrôle interne.

« Tu me manques. J’ai très envie de te voir. Tu me laisses pas indifférent. », Messages envoyés par l’encadrant à la jeune participante de 16 ans, révélés par Médiapart.

Un programme sous pression : les chiffres qui font froid dans le dos

Depuis son lancement en 2019, plus de 90 000 jeunes volontaires âgés de 15 à 17 ans ont participé au SNU, répartis sur 11 sessions de cohésion déjà réalisées. Pour 2024, ce sont 80 000 jeunes supplémentaires qui sont attendus dans ces séjours, autant de mineurs dont la sécurité doit être garantie.

Les incidents signalés ne sont malheureusement pas isolés. Des cas d’agressions sexuelles ont été rapportés dès 2019 et 2021, et de nouveaux cas impliquant des militaires gradés ont émergé en 2023. En avril de la même année, le média Politis avait déjà révélé des faits de harcèlement sexuel, et en 2022, Rue89 documentait des punitions collectives dans un centre strasbourgeois.

Pour contextualiser l’ampleur du problème, une enquête de l’ONDRP datant de 2015 rappelle que :

  • Environ 9 % des filles ont subi des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans
  • Les environnements d’encadrement collectif de mineurs présentent des risques spécifiques
  • Les mécanismes de signalement insuffisants aggravent systématiquement la situation

Ce qui doit changer concrètement (et ce que demandent les élus)

Mme Martine Etienne, députée de Meurthe-et-Moselle et membre de La France Insoumise, a posé une question écrite au gouvernement le 25 avril 2023 sur le sujet, signalée le 10 juillet 2023 et ayant obtenu une réponse seulement le 24 octobre 2023. Une question écrite restée sans réponse pendant six mois, ce délai en dit long sur l’urgence accordée à la protection des jeunes participants.

Concrètement, les demandes formulées sont claires et actionnables :

  • Renforcer la protection des victimes dès le signalement
  • Mettre en place des mécanismes fiables et accessibles pour recueillir les témoignages
  • Améliorer la formation des encadrants sur la prévention des abus
  • Créer une commission d’enquête indépendante sur les violences au sein du SNU

Le numéro vert existant est régulièrement critiqué pour son manque d’efficacité, notamment parce qu’il n’est pas adapté aux situations vécues en temps réel par des mineurs en séjour. Formation, signalement, sanction, prévention, ce sont quatre piliers qui doivent être renforcés simultanément pour que le SNU cesse d’être un terrain propice aux abus.

Année Incident signalé
2019 Cas d’agressions sexuelles signalés
2021 Nouveaux cas d’agressions sexuelles
2022 Punitions collectives dans un centre strasbourgeois (Rue89)
Avril 2023 Harcèlement sexuel révélé par Politis
2023 Cas impliquant des militaires gradés, affaire Médiapart

Le SNU face au harcèlement : comment se protéger quand on est mineur ?

Les incidents documentés dans texte44 soulèvent une question que beaucoup de parents et de jeunes se posent sans oser la formuler clairement : concrètement, que faire si ça arrive pendant le séjour ? Parce que connaître les risques, c’est bien, mais savoir comment réagir, c’est encore mieux.

Reconnaître les signaux d’alerte (avant que la situation dérape)

Un adulte encadrant qui cherche à créer une relation exclusive avec un mineur, qui envoie des messages privés en dehors des canaux officiels, ou qui multiplie les contacts hors du cadre collectif : ce sont des comportements qui doivent alerter immédiatement. Le harcèlement ne commence pas toujours par un acte grave, il s’installe progressivement, souvent sous couvert de bienveillance ou d’attention particulière. Reconnaître ces signaux précoces, c’est déjà se donner les moyens d’agir avant que la situation s’aggrave.

Un adulte qui cherche à isoler un mineur du groupe, même sous prétexte de l'aider, c'est le premier signal d'alerte à ne jamais ignorer.

Les bons réflexes à avoir sur place (et pas seulement après)

Beaucoup de jeunes hésitent à parler parce qu’ils craignent de ne pas être crus, ou de créer des problèmes pour rien. Pourtant, garder une trace écrite des messages reçus, captures d’écran, dates, contexte, est le geste le plus simple et le plus utile qu’un mineur puisse faire dès qu’une situation le met mal à l’aise. Voici les réflexes concrets à adopter :

  • Parler à un autre adulte de confiance présent sur place, pas forcément le responsable direct
  • Contacter un parent ou un proche dès que possible, même par message court
  • Appeler le 3020, numéro national de lutte contre le harcèlement scolaire, accessible aux mineurs
  • Ne pas effacer les preuves numériques, même si l’envie de tout supprimer est forte

Le rôle des parents avant le départ (une préparation souvent négligée)

Anticipant les doutes légitimes des familles, il faut dire clairement que la préparation commence bien avant le séjour. Parler ouvertement avec son enfant des comportements déplacés possibles, lui expliquer qu’il a le droit de refuser tout contact qui le met mal à l’aise, et lui rappeler qu’il peut appeler à tout moment : ces conversations simples changent vraiment la donne. Certes, personne n’a envie d’imaginer le pire avant un séjour censé être positif, mais un enfant qui sait qu’il sera cru et soutenu osera parler bien plus facilement qu’un enfant laissé sans repères face à une situation confuse.

Violences au SNU : ce qui s’est passé (et comment réagir si ça t’arrive)

Le syndicat Solidaires Jeunesse et Sports a tiré la sonnette d’alarme en juin 2023 : des signalements de violences, y compris des violences sexuelles d’adultes sur mineur·es, ont remonté de plusieurs centres SNU. Ce qui aggrave la situation, c’est une « culture du secret » pointée par le syndicat, qui freine concrètement la prise en compte de ces signalements. Autrement dit, les faits existent, mais les mécanismes pour les traiter sont grippés.

Des cas précis ont été documentés. Une enquête de Politis (avril 2023) révèle que lors de séjours en Île-de-France à l’été 2022, un commandant et un lieutenant-colonel ont été mis en cause : harcèlement sexuel répété envers une tutrice de 21 ans, geste assimilé à une agression sexuelle sur un tuteur, propos racistes envers des volontaires. Un encadrement parfois recruté dans l’urgence, des rapports hiérarchiques flous, des situations d’isolement, tout ça crée un terrain particulièrement vulnérable.

« Si tu vis ou témoins quelque chose, tu n’as pas à gérer ça seul·e. »

Agression, harcèlement, propos déplacés, tu as plusieurs leviers : appelle le 119 (enfance en danger) si tu es mineur·e, le 3919 pour les violences sexistes et sexuelles si tu es adulte, ou le 0 800 200 000 contre le harcèlement. Tu peux aussi signaler directement au rectorat ou au SDJES de ton département, et déposer une main courante en complément d’une plainte, ce n’est pas anodin, ça trace officiellement les faits.

 

Fabrice
A propos de l'Auteur
Fabrice
Fabrice Durand est entrepreneur, spécialiste des questions d'éducation et d'orientation , il a créé info-jeunes pour accompagner le plus grand nombre dans leur choix de cursus. Pour que les jeunes puissent rentrer facilement dans la vie active et profiter de leurs années d'étudiant du mieux possible. Il est également fondateur de Top-metiers.fr et du média Franceapprentissage.fr

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