Existe-t-il une discrimination à l’embauche envers les jeunes diplômés ?

📌 L’essentiel à retenir
43 % des Français estiment que des discriminations surviennent lors de la recherche d’emploi.
Les jeunes de 18 à 24 ans rapportent deux fois plus de discrimination que les 45-54 ans.
41 % des jeunes noirs, arabes ou maghrébins déclarent avoir subi des discriminations à l’embauche.
Les femmes diplômées de master ou doctorat sont plus exposées aux discriminations.
La vérification des diplômes est souvent négligée, compromettant l’intégrité du recrutement.

Avoir moins de trente ans et un diplôme en poche ne suffit pas toujours à convaincre un recruteur. Trop jeune, trop inexpérimenté, trop coûteux à former : les jeunes diplômés se heurtent régulièrement à des refus qui semblent davantage liés à leur profil qu’à leurs compétences réelles.

Pourtant, les entreprises affichent volontiers leur volonté d’attirer de nouveaux talents. Entre les discours sur le renouvellement des équipes et la réalité des processus de recrutement, un écart persiste, difficile à ignorer pour ceux qui cherchent leur premier emploi qualifié.

Info-jeunes fait le point sur les formes que peut prendre cette discrimination, les secteurs les plus concernés et les recours possibles pour les jeunes diplômés qui s’y confrontent.

La discrimination à l’embauche : un phénomène massif qui touche surtout les jeunes (chiffres à l’appui)

L’étude menée par la Défenseure des droits et l’OIT est sans appel : 43 % des Français estiment que des personnes sont souvent discriminées lors d’une recherche d’emploi, et 52 % pensent que cela arrive parfois. Autrement dit, près de la totalité de la population française a conscience que le marché du travail n’est pas un terrain neutre.

Ce qui frappe davantage, c’est que les jeunes de 18 à 24 ans sont deux fois plus susceptibles de rapporter une expérience de discrimination que les 45-54 ans. Concrètement, 14 % des personnes interrogées déclarent avoir subi une discrimination lors de leur recherche d’emploi, et l’âge arrive en tête des motifs cités, à 42 %, devant l’origine et la couleur de peau à 21 %.

Les discriminations ne s’arrêtent pas à la porte du recrutement. Dans le déroulement de carrière, 21 % des répondants signalent avoir subi une discrimination, avec le sexe comme motif principal pour 41 % d’entre eux. Être une femme double le risque de déclarer une discrimination par rapport aux hommes, un chiffre en hausse depuis 2016, où ce risque était multiplié par 1,6.

« Les femmes diplômées de master ou de doctorat sont également plus discriminées, ce qui révèle un paradoxe cruel : plus elles se forment, plus elles s’exposent à certaines formes de discrimination. »

Malgré tout ça, le nombre de recours reste très faible. La crainte des représailles et la méconnaissance des voies de recours freinent les victimes, laissant une grande partie des discriminations dans l’ombre.


Origine, couleur de peau et prénom : les discriminations qui se cachent dans les CV (données comparatives)

Les chiffres sont brutaux : 41 % des jeunes se déclarant noirs, arabes ou maghrébins disent avoir été discriminés dans la recherche d’emploi au cours des cinq dernières années. Pour les jeunes blancs, ce chiffre tombe à 18 %. C’est plus du double, et ça mérite qu’on s’y arrête.

Profil Discrimination à l’embauche Discrimination en cours de carrière
Jeunes noirs, arabes ou maghrébins 41 % 33 %
Jeunes blancs 18 % Non précisé

Les personnes perçues comme noires, arabes ou maghrébines ont un risque 2,8 fois plus élevé de déclarer des discriminations par rapport aux personnes perçues comme blanches, contre 2,2 fois en 2016. La tendance s’aggrave, et ce n’est pas une impression.

Dès le stade du stage, les inégalités s’installent. En 2009 déjà, une étude montrait que 21 % des jeunes dont au moins un parent était né hors de France métropolitaine avaient dû envoyer plus de 10 candidatures pour trouver un stage, contre 13 % pour ceux dont les deux parents étaient nés en France. 17 % des jeunes ayant déclaré une discrimination dans l’emploi l’ont vécue précisément lors de la recherche d’un stage.

Concernant les préjugés liés au prénom et au nom de famille, une étude a révélé que les jeunes de 21 à 30 ans dont le CV suggère une origine maghrébine ont 33,3 % de chances en moins d’être contactés par les recruteurs que ceux portant un prénom et nom d’origine française. Les jeunes filles d’origine africaine ou maghrébine subissent quant à elles des discriminations fréquentes dans l’accès à l’apprentissage, un secteur pourtant censé favoriser l’insertion professionnelle.

Ces discriminations traversent aussi bien le secteur privé que public, avec des variations selon le genre et l’origine migratoire. Aucun secteur n’est donc épargné, même ceux qui affichent des chartes d’égalité des chances.


Faux diplômes et vérification des qualifications : pourquoi les recruteurs doivent agir maintenant (guide pratique)

Face à un marché du travail sous tension, certains candidats franchissent la ligne rouge : l’incidence des fausses déclarations de formation a explosé ces dernières années, avec un nombre alarmant de CV contenant des diplômes faux ou surévalués. Certains vont jusqu’à acheter de faux diplômes auprès d’établissements non accrédités, compromettant directement l’intégrité du processus de recrutement.

Ce phénomène représente de graves risques pour les organisations, notamment dans des secteurs où les qualifications ne sont pas négociables :

  • La santé (médecins, infirmiers, pharmaciens)
  • Le droit (avocats, juristes, notaires)
  • L’ingénierie (bâtiment, industrie, numérique)

La vérification des diplômes consiste à confirmer l’authenticité des qualifications d’un candidat en contactant directement les établissements d’enseignement ou en passant par des services de vérification tiers. C’est une étape simple, souvent négligée, qui peut pourtant éviter des dégâts considérables.

Voici pourquoi intégrer cette vérification dans ton process de recrutement est devenu incontournable :

  • Protéger la réputation de l’entreprise : embaucher sur la base de fausses déclarations peut entraîner de mauvaises performances et nuire à l’image de la structure.
  • Garantir le respect des normes du secteur : de nombreux secteurs exigent des qualifications spécifiques pour se conformer aux normes réglementaires.
  • Réduire le risque de pertes financières : éviter les coûts liés à l’embauche de personnes non qualifiées, puis à leur remplacement.
  • Améliorer la productivité au travail : recruter des personnes réellement qualifiées se traduit par une main-d’œuvre plus compétente et plus efficace.
  • Renforcer la culture d’entreprise et le moral : la confiance dans les qualifications des collègues favorise un environnement de travail positif et sain.

Paradoxalement, en voulant lutter contre les discriminations à l’embauche, certains recruteurs relâchent leur vigilance sur la vérification des parcours, pensant que questionner un diplôme pourrait être mal perçu. C’est une erreur : vérifier un diplôme, c’est protéger tout le monde, l’entreprise, les équipes en place, et les candidats honnêtes qui méritent une concurrence loyale.

Le diplôme suffit-il vraiment à ouvrir les portes ? (ce que les recruteurs ne disent pas toujours)

On pourrait croire que décrocher un master ou une licence professionnelle règle la question de l’accès à l’emploi. Pourtant, de nombreux jeunes diplômés se heurtent à un paradoxe bien réel : leur formation est reconnue sur le papier, mais insuffisante aux yeux de certains recruteurs qui exigent simultanément expérience, réseau et codes sociaux implicites. Comprenant que le diplôme seul ne suffit plus, certains jeunes multiplient les stages, les missions freelance ou les engagements associatifs pour compenser, souvent sans garantie de résultat.

Le diplôme ouvre une porte, mais c'est souvent le réseau et les codes implicites du milieu professionnel qui décident si tu peux vraiment entrer.

Ce phénomène touche particulièrement les jeunes issus de filières moins « prestigieuses » aux yeux du marché. Un BTS ou une licence pro dans un secteur en tension peut pourtant déboucher sur un emploi stable, là où un master dans une discipline saturée laisse son titulaire dans l’attente. La hiérarchie des diplômes, réelle ou perçue, crée une forme de discrimination indirecte que les chiffres officiels capturent mal.

Réseaux, cooptation, recommandations : le recrutement caché qui pénalise les outsiders (et comment s’y adapter)

Une part significative des postes ne sont jamais publiés sur les plateformes d’offres d’emploi. Selon plusieurs études sur le marché du travail français, entre 30 % et 50 % des recrutements se feraient via le réseau ou la cooptation, selon les secteurs. Pour un jeune diplômé sans expérience professionnelle ni carnet d’adresses constitué, ce « marché caché » représente une barrière invisible mais très concrète.

  • Participer à des événements sectoriels, salons étudiants ou meetups professionnels
  • Activer les alumni de son école ou université via LinkedIn ou les associations d’anciens
  • Solliciter des entretiens informationnels auprès de professionnels du secteur visé
  • Proposer des missions courtes ou du bénévolat pour créer un premier lien avec une structure

Certes, ces stratégies demandent du temps et une certaine aisance relationnelle qui n’est pas également répartie selon les milieux sociaux, ce qui renforce les inégalités déjà présentes à l’entrée du marché du travail. Néanmoins, les ignorer complètement revient à se priver d’un levier d’accès à l’emploi que les recruteurs eux-mêmes utilisent en priorité.

Les soft skills comme nouveau critère de sélection : opportunité ou nouveau prétexte discriminatoire ?

Adaptabilité, esprit d’équipe, communication, gestion du stress… Les compétences comportementales sont désormais évaluées au même titre que les compétences techniques dans de nombreux processus de recrutement. Le problème, c’est que ces critères, flous par nature, laissent une marge d’appréciation subjective importante au recruteur, et donc une porte ouverte à des biais inconscients difficiles à contester. Un jeune diplômé perçu comme « trop réservé » ou « pas assez à l’aise » peut se voir écarté pour des raisons qui n’ont rien à voir avec ses compétences réelles.

Face à ça, quelques réflexes concrets peuvent aider à mieux valoriser ses soft skills sans tomber dans l’autopromotion creuse : illustrer chaque compétence par une situation précise vécue en stage ou en projet associatif, utiliser la méthode STAR (Situation, Tâche, Action, Résultat) en entretien, et ne pas hésiter à demander un retour structuré après un refus pour identifier les axes à travailler.

Discrimination au travail : les jeunes paient le prix fort (et les chiffres font mal)

Plus d’un jeune sur trois a déjà vécu une discrimination dans sa recherche d’emploi ou sa carrière, c’est le résultat d’une enquête de 2021 qui confirme ce que beaucoup ressentent sans toujours pouvoir le nommer. Et ce n’est que la partie visible : près de 90 % des jeunes sondés déclarent avoir connu une situation de dévalorisation, que ce soit via une sous-estimation de leurs compétences, une pression constante à en faire toujours plus, ou des tâches clairement ingrates et sans valeur ajoutée.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, être diplômé ne protège pas. Les salariés titulaires d’un master ou plus sont même les plus exposés, avec 40,6 % d’entre eux victimes de discrimination. Autrement dit, accumuler les années d’études ne suffit pas à effacer les biais qui persistent à l’embauche comme en poste.

Certains profils cumulent les obstacles de façon particulièrement brutale. Les jeunes femmes perçues comme non blanches et gagnant moins de 1 300 euros par mois déclarent deux fois plus de discriminations que leurs pairs du même âge. Les candidats d’origine maghrébine plus qualifiés, eux, doivent envoyer cinq candidatures pour décrocher un seul entretien, là où d’autres en envoient moins.

Études supérieures : racisme et discrimination envers les étudiants étrangers

 

Karine Langlade
A propos de l'Auteur
Karine Langlade
Karine Langlade est rédactrice passionnée travaillant pour Info-Jeunes. Depuis plusieurs années déjà, elle a mis son talent au service de cet organisme afin d'informer et d'accompagner les jeunes dans leur quotidien. Sa plume dynamique et créative lui permet de transmettre des informations claires et pertinentes sur divers sujets qui touchent la jeunesse.

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