Huit jeunes sur dix ne maîtrisent plus l’accord du participe passé avec l’auxiliaire être. Cette réalité, que révèlent les dernières évaluations du ministère de l’Éducation nationale, n’épargne aucune filière d’enseignement supérieur. Les fautes d’orthographe et de syntaxe se multiplient dans les copies d’examens, les mémoires de fin d’études et même les candidatures professionnelles.
Les recruteurs sont les conséquences d’une dégradation notable : conjugaisons approximatives, confusion entre homophones, ponctuation fantaisiste. Cette érosion linguistique touche autant les diplômés de grandes écoles que les jeunes issus de formations techniques. Les entreprises investissent désormais dans des modules de remise à niveau, tandis que les universités renforcent leurs dispositifs d’accompagnement.
Info-jeunes fait le point sur les causes de cette situation et les solutions mises en œuvre pour y remédier.
Un constat alarmant révélé par les chiffres officiels
Les statistiques nationales dressent un tableau pour le moins préoccupant de la maîtrise linguistique chez les jeunes adultes. 13% des jeunes Français de 17-25 ans présentent des difficultés en lecture, tandis que 10% en ont une maîtrise fragile. Cette réalité chiffrée fait écho aux observations partagées dans les débats publics, où le niveau de français des gens suscite de vives interrogations. Le phénomène touche particulièrement la tranche d’âge des 20-25 ans, chez qui les lacunes en grammaire et orthographe ne relèvent plus de l’exception mais semblent constituer une tendance générale.
Une réforme du baccalauréat pour rehausser les exigences
Face à ce constat, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé un durcissement des critères d’obtention du baccalauréat, effectif dès l’édition 2026. Actuellement, 91,9% des lycéens de terminale réussissent le bac, dont 85,75% avant rattrapage. Les mesures envisagées visent à supprimer les “coups de pouce” du jury qui permettaient d’arrondir les notes à 8/20, et à limiter les harmonisations des notes supérieures à 8 à 0,5 point maximum. Le ministre a précisé que plus de 2% des élèves obtenaient le diplôme sans correspondre à leur niveau réel, justifiant ainsi cette remise à niveau des exigences académiques.
“Une copie avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire déplorable ne pourra pas obtenir la moyenne”
Des répercussions qui dépassent le cadre scolaire
Les professionnels de l’éducation et du monde juridique, à l’instar de l’avocate Sandrine Pégand, expriment leur inquiétude quant aux conséquences de cette dégradation linguistique sur la préparation à l’enseignement supérieur. L’accent sera désormais mis sur l’expression écrite dans les matières à dissertation telles que le français, l’histoire et la philosophie. Les critiques soulignent que ces lacunes ne peuvent être corrigées uniquement en terminale et appellent à une exigence accrue dès les premières années du parcours scolaire. Cette réforme s’inscrit dans une démarche plus large visant à restaurer un niveau d’exigence académique face à ce qui est perçu comme un affaiblissement généralisé des compétences linguistiques chez les jeunes générations.
Quelles sont les causes profondes de cette dégradation linguistique ?
Si les chiffres révèlent l’ampleur du phénomène, les racines de cette érosion linguistique plongent dans des transformations sociétales plus vastes. L’omniprésence des écrans n’est pas étrangère à cette métamorphose : les jeunes passent désormais 7h30 par jour devant leurs dispositifs numériques selon l’ANSES, privilégiant une communication fragmentée aux dépens de la construction syntaxique traditionnelle. Cette révolution digitale a engendré de nouveaux codes expressifs où la brièveté prime sur la précision grammaticale.
La lecture de livres chez les 16-24 ans a chuté de 94% à 84% entre 1988 et 2018
L’évolution des pratiques pédagogiques constitue un autre facteur déterminant. Depuis les années 1970, la méthode globale de lecture a progressivement supplanté l’approche syllabique dans 60% des établissements primaires. Cette transition méthodologique, bien qu’animée des meilleures intentions, a parfois fragilisé l’acquisition des mécanismes fondamentaux de décodage. Les enseignants observent aujourd’hui que leurs élèves peinent davantage à automatiser les règles orthographiques et grammaticales, créant un terreau fertile aux approximations linguistiques.
L’influence des réseaux sociaux amplifie cette tendance par un phénomène de normalisation des erreurs. Les algorithmes de correction automatique, loin d’être les gardiens espérés de la langue, contribuent parfois à ancrer des formulations incorrectes. Une étude menée par l’Université de Poitiers révèle que 73% des jeunes adultes ne distinguent plus systématiquement les registres de langue selon le contexte, mêlant codes informels et expression académique sans discernement apparent.
Fracture générationnelle dans la maîtrise de l’écrit
Les enquêtes internationales révèlent un paradoxe : si les jeunes adultes les plus formés parviennent à maintenir, voire améliorer leurs compétences écrites, la baisse s’avère plus marquée chez certains adultes plus âgés qui lisent peu ou utilisent peu l’écrit complexe dans leur environnement professionnel. Cette réalité nuance l’idée reçue selon laquelle les jeunes seraient systématiquement les plus en difficulté face à leurs aînés peu qualifiés.
Le véritable enjeu réside dans le creusement des écarts au sein même de la jeunesse : une partie maîtrise parfaitement la langue tandis qu’une autre accumule davantage de difficultés. Cette polarisation dessine une géographie contrastée des compétences, où l’âge n’est plus le seul déterminant de la performance écrite.
Pour combler ces lacunes, plusieurs leviers s’offrent aux élèves : la lecture régulière de textes exigeants comme la presse ou les essais, la réécriture minutieuse des mails et CV avec relecture systématique, ou encore l’utilisation d’ouvrages de grammaire structurés par niveaux A1 à C2. L’analyse concrète d’exemples de textes permet également d’identifier point par point les axes d’amélioration.